Témoignage 4 - Anonyme, 29 ans

January 17, 2019

Make your own kind of magic


Rien ne changera. Peu importe le nombre de mes sursauts de bonne volonté, peu importe l’intensité avec laquelle j’aurai envie d’aller mieux, peu importe les initiatives que je prendrai pour me faire aider, tout sera vain.

Alors à quoi bon ?

Peut-être alors que je devrais mobiliser mes quelques parcelles d’énergie pour me faire à l’idée qu’un retour à la normale n’est plus possible. Et accepter de vivre seule, de façon médiocre et sans relief. Mais vivre, au moins.

J’aimerais aller mieux, reprendre le cours d’une vie normale, évoluer sans me brimer. Évidemment. Mais je ne suis plus naïve. Ma lucidité m’a condamnée.

Voici les quelques lignes que j’écrivais, avec conviction sincère et absolue, il y a près de 5 ans maintenant.

J’ai sombré, souvent et longuement, plusieurs fois. Vie sociale paralysée, perte totale de confiance en l’avenir, traitements médicamenteux lourds, séjours en hôpitaux de jour, voire plus, ma vie a été régie par le mal-être pendant de longues années.

Et mon père, dont j’étais extrêmement proche, est décédé.

Mon pire cauchemar, depuis toute petite, est devenu réalité, bien trop tôt et trop violemment.

Cancer fulgurant, en un peu plus de 3 mois, je l’ai vu mourir, jusqu’à son dernier souffle. Et c’est à ce moment-là que je me suis dit que le sort était allé trop loin, que personne de fragile ne se relevait de la perte de son repère le plus solide.

Et pourtant…

J’ai été malheureuse pendant de longs mois, j’ai survécu à ce deuil, avec la conscience pleine de ne rien faire de plus que d’y survivre.

Et je faisais face à cette urgence, de mon entourage, de la vie qui suivait son cours sans m’attendre, d’aller mieux.

Et un jour, j’ai décidé de m’écouter, de vivre à mon rythme. J’avais besoin d’aller très mal ? Je me suis laissé aller très mal, dans la limite de ce qui était nécessaire pour évacuer ce besoin, comme une jauge à remplir ou à vider, selon le point de vue. J’avais besoin de m’isoler ? Je me suis isolée, le temps qu’il fallait. Peu à peu, j’ai appris à m’écouter. Et comme si mon moi intérieur trouvait tellement cool que je l’écoute et le respecte, il a commencé à m’aider, à être réceptif.

D’aucuns disent « aide toi et le ciel t’aidera », j’ai commencé à bien vivre quand j’ai compris que la réalité était plutôt « aide toi et tu t’aideras ».

J’ai décidé d’en finir avec la passivité, de ne plus considérer qu’être désolée pour moi ou constater, ressasser que rien n’allait était une façon d’y réagir.

Puis je suis allée encore un peu plus loin en décidant d’aller bien. Détachée de tout, de la réalité de ma vie, de mon quotidien. Je vous vois vous dire « c’est forcément plus facile quand tout va bien ». Mon père était toujours mort, ma vie toujours chamboulée, j’étais toujours aussi mal dans ma peau, mes repères toujours aussi bousculés, toujours pas d’accomplissement particulier (mais une petite collection d’échecs), pas de vie de couple et un entourage peu développé.

Pas tout à fait le tableau de la petite vie idéale…

Mais j’ai eu cette force de décision, car ça ne tenait qu’à ça, de choisir que tout allait bien, pour essayer. Pas de le feindre, d’y croire, parce qu’on peut duper son monde mais il est plus compliqué de se duper soi-même.

Et là, la magie a opéré.

Le positif appelle le positif.

Décider d’aller bien, c’est ne plus laisser les éléments extérieurs changer cet état, c’est aller plus loin que le fameux verre à moitié plein, c’est ne voir que ce qu’il y a dedans en faisant abstraction de la quantité ou de la proportion.

Et tout s’est articulé autour de ça. Il est plus facile d’être bien quand on s’y conditionne, avec sincérité. Cette bienveillance, que l’on prône comme le principe phare de notre époque, se l’appliquer à soi.

Mon père, dans sa grande sagesse, disait « tu dois être ton propre centre de gravité ». Trouver du réconfort, du support, du soutien est bénéfique et peut être d’une grande aide pour arriver au déclic. Mais la solution durable est en chacun, pour lui-même. Et preuve s’il en fallait une que la vie est bien faite : s’il est une personne qui ne nous quittera jamais, ne nous abandonnera jamais, ne nous tournera jamais le dos… c’est bien soi-même.

Depuis ma petite révolution, il me serait toujours difficile de dire que tout va bien, je pourrais lister toutes les choses qui ne vont pas bien dans ma vie si j’y accordais encore de l’importance ou de l’énergie. Je suis encore triste (parfois), encore contrariée (souvent), je me plains toujours (un peu trop), je ne suis pas devenue une personne qui voit des arcs-en-ciel partout.

Mais je ne laisse pas la négativité prendre le dessus, je l’apprivoise en la laissant s’exprimer, je l’écoute, elle aussi y a droit, lui laisse son temps, puis la libère et m’en libère, en la dépassant ou en agissant contre elle, selon les cas.

Les choses, positives ou négatives, ne prennent que la place qu’on veut bien leur accorder.

Mon parcours n’est pas celui de quelqu’un qui va mieux. Mon parcours est celui de quelqu’un qui a décidé d’aller bien.

Walt Disney disait « If you can dream it, you can do it ». Qui s’y connait mieux en magie que lui ?



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