Témoignage 1 - Anonyme, 22 ans

January 03, 2019

J’ai besoin de parler ce soir.

Je ne comprends toujours pas comment ma vie a pu basculer si vite. Comment tout s’est enchaîné, sans que je ne le voie arriver. Je ne veux pas me plaindre, je veux juste parler.

Je vais garder l’anonymat, car c’est avec toi que j’aimerais intimement me confier, maintenant que la nuit est tombée.

Bel(le) inconnu(e), je ne sais pas si tu me comprendras, mais j’espère simplement que tu m’écouteras.

Je veux vider mon sac, péter mon plomb, et m’endormir plus légère.


En 2016, j’arrête mes études, j’ai fait 2 années sur 3, mais je n’en peux plus, je suis trop nulle je crois. Avec cette impression d’être au mauvais endroit, dans ce rôle de fille « parfaite » que je ne suis pas.

Je me sens enfin libre, enfin j’ose m’affirmer, face à cette société barrée et un père aimant plus tes capacités que la personne que tu es.

Bien évidemment, jugements et réprimandes à gogo s’abattent sur moi. Mais mon choix est déjà fait, et puis je n’en ai rien à faire de ce que l’on pense de moi.

Et là, c’est le drame, après un énième séjour en hôpital psychiatrique, une nuit, ma mère s’est arrêtée de respirer.


C’est en juin 2016, que ma vie a vraiment basculé. Basculée tellement fort, qu’elle a du mal à se relever. Par la grâce, elle a pu être réanimée. Mais le choc était tellement fort que son cœur s’est arrêté plusieurs fois avant de redémarrer.

Deux mois et demi de coma et une sortie en octobre, annoncée sans séquelles. Mais la réalité est toute autre, force est de constater qu’elle ne sait plus comment je m’appelle, comment se laver, s’alimenter ou encore aller aux toilettes seule. Ma mère est devenue l’ombre d’elle-même. Son corps est rentré à la maison, mais son esprit est parti.


Avec ma sœur, je m’occupe d’elle à présent, je lui consacre tout mon temps. Je ne sais plus, je ne peux plus vivre pour moi. C’est elle d’abord et moi ensuite. Personne ne le comprend, les gens me croient folle. Ils pensent que je passe à côté de ma vie, et que je devrais mettre ma mère en centre spécialisé pour que d’autres puissent s’en occuper.

Mais comment vivre joyeusement, en abandonnant sa maman ?


D’un autre côté, on me dit que je suis forte, que j’ai du courage, mais en vérité je me sens complétement faible, à bout même. J’ai peur de devenir folle, j’ai peur de tout lâcher.

Je veux simplement être heureuse, je ne pense pas trop en demander.


Sur ce je te souhaite une bonne nuit, en te laissant un petit poème que j’ai écrit :

Ma maman n’est plus là,
Enfin son corps si, en soi,
Il est bien là devant moi,
Mais je ne la reconnais pas.

Sa mémoire lui fait défaut,
Et son esprit est ailleurs.
Souvent elle n’a pas les mots,
Et me prend pour sa petite sœur.
Elle a cette façon flippante de rigoler,
Quand par ses gestes elle arrive à me blesser.

Ma maman est bien là,
Elle est sortie du coma.
J’étais heureuse, et pensais qu’elle avait gagné son combat.
Mais on dit qu’un malheur n’arrive jamais seul,
Et maintenant je le comprends.
Je comprends que maintenant,
Je n’ai plus de parents.

Ma maman est là,
Mais son cœur ne l’est plus.
Il s’est tellement arrêté,
Qu’il a du mal à redémarrer.

Ma maman je l’aimais,
Et je l’aime encore je crois.
Mon seul souhait à présent,
C’est qu’elle se souvienne de moi.

Mon cœur est en enfer, mais mon corps est sur terre.
Papa tu m’as dit que je pourrais toujours compter sur toi,
Mais papa, pourquoi tu ne m’aides pas,
À avancer, à surmonter mes peurs,
Pour que dans ma vie, une place se fasse au bonheur.
J’écris, je pleure, je crie, je souffre,
Aurais-je le courage de terminer ma course…


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